Attention talent! La poésie vivante de Guillaume Allardi

TRÈS belle découverte à l’occasion du concours « Le marché de la poésie ».

L’un de nos deux lauréats, Guillaume Allardi, nous contacte quelques jours avant la manifestation pour nous demander, s’il était possible de dire lui même son texte sur le podium du marché, alors qu’il était prévu qu’une comédien s’en charge. Il ajoute qu’il s’agit là d’un exercice qu’il a déjà pratiqué. Intrigués et enthousiastes au plus haut point, nous nous rendons le jour J sur place, faisons connaissance d’un garçon charmant et attendons de voir ce qu’il va se passer.

Nous pouvons clairement dire aujourd’hui que rien, mais alors ABSOLUMENT RIEN, ne pouvait nous préparer à la claque monumentale que l’on a prise, 10 min plus tard, en constatant les visages médusés de l’assistance qui vient, bien malgré elle, de vivre une performance poétique exceptionnelle, musicale, électrique, d’une rare intensité et d’une force brute.

C’est aussi ça WeLoveWords: de belles rencontres. Le talent surgissant par surprise qui vient vous frapper en pleine gueule!

Mes mots sont bien peu de choses par rapport à ce que nous avons vécu, je vais donc me taire et vous laisser déguster ce moment d’art pur.

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WeLoveWords organise son 1er plateau Slam en partenariat avec le Slam.org.

spectaculaire

A l’occasion de «Spectaculaire», la fête des sorties culturelles, qui se déroulera les 25 et 26 septembre 2010 à Paris, Welovewords organise en partenariat avec le Le-slam.org une scène slam.

Sur les quais au pied de la BnF, 250 structures culturelles seront rassemblées pour présenter la saison culturelle à venir, et une centaine d’extraits de spectacles et de concerts seront proposés gratuitement au public pendant deux jours.

WeLoveWords invite les slameurs de la communauté à publier un slam inédit sur la plate forme contenant le mot clé «spectaculaire».

Welovewords, en collaboration avec Le Slam.org, sélectionnera les 10 meilleurs textes parmi les cinquantes ayant reçu le plus grand nombre de votes sur le site. Ils se partageront l’une des 12 scènes de Spectaculaire le temps d’un programme qui mettra en valeur la qualité et la vitalité de l’ensemble de la communauté du Slam.

Début du concours : 6 juillet 2010
Date de clôture : 20 août 2010

>>PARTICIPEZ<<

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Pas de littérature sur welovewords ? – Vendredi

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

C’est marrant, tu bronches à peine. Tu es convaincu ? Rassures-toi, c’est la fin. D’ailleurs, je te sers la Conclusion d’interrup(m)eur(t) en entrée. Le manifeste d’un lecteur. Sauras-tu, toi qui as tous les mots, surtout les bons, lui offrir ce miroir qu’il réclame ? Et d’où les sortiras-tu ? De la tête ou du ventre ? Sauras-tu les cuisiner façon Moujik ?  Seront-ils empesés, bedonnants, ou tranchants comme une lame ? Les inventeras-tu, comme le crilence de Baboulalla, ce mot pour désigner le cri muet que personne n’entendit, celui qui mourut dans ta gorge le jour où tu appris ta catastrophe ? Lis le prétexte de Capucine de Chabaneix, ou plutôt le pré-texte, ce qu’il y eut avant le texte et ce qu’il fallut pour le texte. Car tu sais bien qu’écrire c’est comme parler quand même alors que plus personne n’écoute. Quand tu as les deux pieds qui décollent du sol, que tout semble irréel et distant. Quand tu n’as d’autre choix que parler par phrases toutes faites, piochées dans l’actualité, ou te condamner au silence. Tu as raison, sous couvert de témoignage, certains en font des caisses. Mais tu préfères les faiseurs ? N’as-tu jamais été, toi aussi, un jour, bouleversé par ce vers de René Char : « avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, mais ce n’est pas le silence ». Le lecteur n’est-il pas l’image de cet absent, celui à qui tu aurais encore quelque chose à dire mais qui manque ? D’où la puissance d’évocation des correspondances : « Je fais le chemin, écrit AO dans une part de neige, Comme je peux vers toi. Il faut que je voie, ce qui n’est pas comme c’était quand tu y étais toi, ces lieux où tu fus, où tu passas. » Bien sûr, tu peux n’aimer que les spectres dûment accrédités ; tu peux juger le rythme de nos phrases et l’élégance de notre pensée ; tu peux surenchérir ou invoquer le savoir-vivre ; tu ne pourras nous arracher ce que cent générations nous ont greffé : l’alphabet sur le bout des doigts.

Hervé Gasser

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Pas de littérature sur welovewords ? – Jeudi

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

Qu’est-ce qu’il fait chaud… Commence par lire Paris by Night de Mademoiselle Comète et tu sauras de quoi je te parle. (Tu t’étrangles ?) D’amour, mon vieux. Celui du partage des corps sous les draps moites, celui des trains de nuit, des friches du périph et des grands ensembles.

Là où une femme, en sang, descend les escaliers quatre à quatre. Est-elle blessée ? Non, elle tient dans les mains une paire d’attributs masculins. Je laisse Claude Zsurger te dire pourquoi. Son écriture, c’est comme l’amour vache : la bouche râpeuse et les tripes en chantier. Tu te souviens de Madame Edwarda ? Imagine-la coursée par un chien galeux. Il y a des coups de surin pas perdus pour tout le monde, façon bal tango.

Le tango qu’on danse en bords de Seine, lointaine imitation des dimanches de San Telmo. Borges l’Argentin (encore lui ?) disait qu’il a autant à voir avec le sexe qu’avec la violence. Danse-le dans les bras de Teresa Abreu. Quatre jambes et un coeur brisé ne sont pas sans danger. Elle te dira le contact étroit de vos corps dans le soir d’été, le rythme sur vos peaux qui s’épousent et le sang bouillant. Et si tu la plantes là, devant l’orchestre, elle te poursuivra dans les rues de Paris.

Je troque la Seine pour l’estuaire de la Gironde. Tu m’en voudras peut-être d’évoquer ici Je sweat Bordeaux de Jérémie Kiefer, mais je pense aux passions adolescentes. Tu sais comme à seize ans, on s’ausculte la peau. Chanson à la langue légère malgré la tentation de l’autodestruction – on ne cesse d’apprendre à porter son corps ; changeant comme un fleuve.

Ces chemins qui ne mènent nulle part, comme le sentier serpente au bord de la falaise, m’entraînent à te conseiller l’Envol de Zéro Janvier. Sans doute parce qu’il y est question d’amour et du corps, en ce qu’ils sont fragiles. Tu ne sauras pas si c’est une fiction ou un récit (tu n’aimes pas ce genre d’ambiguïté) tant cette écriture est évidente, mais je gage que tu n’en sortiras pas indemne. Pour ma part, je célèbre cette économie de moyens qui double, triple, quadruple, l’émotion, et dit tout le travail.

Hervé Gasser

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Pas de littérature sur welovewords ? -Mercredi

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

Collage extrait de "Coupures du Monde" de H.Gasser

Tu cites Borges : « tous les européens sont des écrivains ». Est-ce qu’il se moquait ? Tu penses que oui. Tu as peur qu’il parle aussi de toi : tu préfèrerais ne pas. Au fond, tu regrettes le monde tel qu’il aurait pu être. En ça tu as des points communs avec les poètes et parfois même tu japonises. Prends plutôt ton épuisette parce que les haïkus de Myra Pamos sont des poissons volants. Ou écris-leur une lettre : « Chers haïkus de Myra Pamos, vous me sautez aux yeux. Je voudrais, comme vous, prendre à chaque clin d’œil une diapositive du présent… »

Applique-toi. Imite Sarah Granereau et fais que ta lettre soit, à défaut d’être aussi profonde, aussi lumineuse que celle de Jestiel à son frère Ismaël. « Voir tes mots qui m’attendaient dans la boîte aux lettres a été tout de suite comme une récompense, un cadeau avant même de te lire. (…) Nous l’avons fait : nous avons gagné la vie avec nos peurs et nos coups. Tu me remercies. Mais c’est moi qui devrais te remercier. Si je n’avais pas eu à me soucier de toi, je n’aurai vécu que ma douleur. »

Ces deux-là n’ont pas creusé des tunnels qu’à la plage. Combien de pelletées pour ensabler pareils souvenirs ? Tant que tu es sur le Grand chemin, change de saison : Tueuse t’emmène passer l’été à la ferme où Manoue conte en super 8 un petit crime d’une bande de galopins, façon poule-renard-vipère musclé : « Ca sait nager une poule ? » Bin non. Ah bravo les tortionnaires de mouches, vous ne pouvez pas jouer à touche-pipi comme tout le monde ?

Puis tu passeras les vacances d’hiver au Québec, chez Patrick Saucier. Ses bras meurtris font l’inventaire sensible du parfait petit hockeyeur – de la crosse aux protèges-tibias ; et les deux derniers vers dépassent l’épuisant retour des spectres sépia pour offrir une image possible du réseau, du déploiement à la dispersion, semblable au lent mouvement dont je te parlais, celui de la bogue de marron qui s’ouvre (la déhiscence).

Hervé Gasser

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