Le Prix WeLoveWords 2011, « D’autres prendront nos places » (Flammarion), en librairie demain, mercredi 9 novembre !
Il était une fois un jeune homme timide et désenchanté qui, s’il aimait la littérature, n’avait jamais écrit de roman. Par hasard, il tomba, au détour d’un chemin numérique, sur le concours de comédie romantique organisé par WeLoveWords avec Flammarion. Il participa, sans trop y croire. Mais, comme dans les contes ou les comédies romantiques modernes, c’est lui que le jury choisit parmi 300 autres prétendants très sérieux.
Pierre Noirclerc fut élu et eut beaucoup…d’élan pour écrire son roman.
Il est donc l’heureux auteur d’un livre à paraître demain chez Flammarion, D’autres prendront nos places, dans lequel il brosse le portrait, sous les traits d’un jeune homme pris dans une errance parisienne, de la génération Y, engluée dans la précarité et l’impossibilité de rêver.
Ce roman corrosif, sensible et sentimental, prouve au moins une chose : Pierre Noirclerc n’a vraiment pas volé sa place… d’écrivain.
Rencontre…
WeLoveWords : Tu cherchais à être publié ?
Pierre Noirclerc : Non, vraiment pas. Je n’avais jamais abouti aucun manuscrit. J’ignorais même qu’il me soit possible de le faire, d’avoir suffisamment de choses à dire, à écrire.
WLW : Tu as participé à un concours, c’était pour voir ou parce que tu pensais avoir tes chances ?
PN : Pour voir… Je suis tombé dessus par hasard, j’ai décidé de participer. Jusqu’alors l’écriture m’avait toujours causé des problèmes, aussi bien dans les études qu’au travail. Soigner les phrases, c’est un sérieux handicap, dans la vie. On passe facilement pour un littéraire.
WLW : Tu es heureux d’avoir été choisi par le jury ?
PN : J’hésite encore…
Je savais que je disposerais de quelques mois pour écrire une histoire, et apprendre à écrire par la même occasion. A l’arrivée, j’ignore si j’ai réussi. C’est compliqué, paradoxal, l’écriture. Il faut pas mal d’humilité pour se mettre devant une page blanche, et beaucoup d’orgueil pour en venir à bout.
WLW : Le premier truc que tu as écrit ?
PN : Des mails. J’aime beaucoup les mails, c’est rassurant, on en voit la fin, on peut choisir ses lecteurs, c’est plutôt pas mal.
J’ai également tenu un blog : j’étais à l’autre bout du monde, seul, pour plusieurs mois. J’ignorais de quoi serait fait le jour suivant, où j’allais dormir (je savais quand même qu’il s’agirait d’une auberge de jeunesse quelconque), j’essayais de décrocher des petits boulots ; j’étais fatalement en contact avec des gens bizarres. Et je racontais tout ça.
WLW : Pourquoi écris-tu ? Pour plaire aux filles à défaut d’être musicien ? ;)
PN : Non. L’écriture c’est plutôt le moyen que j’ai trouvé pour organiser la réalité dans un espace que je maîtrise à peu près; la rendre cohérente, disciplinée, prévisible.
WLW : Faut-il vivre pour écrire ou écrire pour vivre ?
PN : Je pense qu’on ne peut pas écrire sans avoir côtoyé l’échec, la frustration, le ressentiment. Ensuite, on écrit pour justifier de sa vie.
WLW : Où trouves-tu ton inspiration ?
PN : J’aurais beaucoup de mal à parler de choses que je ne connais pas ou que je n’ai jamais vécues. C’est assez angoissant, d’ailleurs, de réaliser que le terrain de jeu est limité. On commence à écrire et on sait d’ores et déjà qu’il y aura une fin, que les choses se tariront. J’ai bien peur ne jamais faire d’Heroic Fantasy.
WLW : Dans quelles conditions écris-tu ?
PN : De ce point de vue, ce roman fut un vrai calvaire. J’ai dû écrire dans cinq endroits différents, le jour, la nuit, avec les bruits de marteau-piqueur, ceux des voisins, sur papier ou traitement de texte… J’essayais d’obtenir une stabilité grâce à la musique, en repassant inlassablement les deux mêmes morceaux.
WLW : Y a-t-il un écrivain qui est pour toi un référent, ce vers quoi tu « aimerais » tendre ? Si oui, pourquoi lui ?
PN : Sans originalité, j’aime beaucoup le travail de Michel Houellebecq.
Je ne cesse de le recommander, spécialement auprès de la gent féminine qui semble détester tout particulièrement cet auteur. Je ne comprends pas, avec L’Extension…, elles viennent me dire leur dégoût pour la scène du couteau, c’est systématique. Je devrais peut être suggérer Plateforme, pour un public féminin…
Enfin bref, j’admire surtout son honnêteté, sa lucidité, sa puissance intellectuelle, sa capacité analytique, ses élucubrations systémiques, théoriques, comme s’il était parvenu à maîtriser une souffrance au travers des différentes articulations littéraires, et de vivre dans ces repères là. En plus, c’est un sacré bosseur, pas le genre à bâcler le travail pour étrangler le doute plus rapidement.
Et puis il a le pouvoir de décliner les mêmes thèmes dans plusieurs œuvres, sans en atténuer la puissance, et de mettre la fiction au service de ceux-ci.
Il n’y a qu’une chose qui ne m’implique pas vraiment dans son œuvre, mais après tout c’est une autre époque (et j’en suis triste pour lui, dans un siècle il sera étudié dans les lycées, personne n’y comprendra rien, exactement comme je n’ai rien compris à Zola, en somme il bascule déjà dans la péremption), c’est le fait que ses personnages travaillent toujours dans des administrations, qu’ils bénéficient toujours de la sécurité de l’emploi. Il y a même cette phrase révoltante, dans L’Extension… : « Dans un système où le licenciement est prohibé… ».
Ceci dit, je reste purement et simplement un admirateur. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore totalement renoncé à mon appartenance au monde.
WLW : Ton livre est-il noir ? Est-il clair ? Est-il noir-clair ? Noir- foncé ?
PN : C’est vrai qu’il s’agit d’un livre pessimiste ; les aspirations du narrateur sont plutôt simples, pourtant il ne parvient pas à les concrétiser ; il découvre un mensonge.
Mais le but de l’auteur, ça reste la vérité, au moins la vérité émotionnelle qui lui est propre.
WLW : Dans cette société que tu décris comme étant assez sombre, y a-t-il un salut possible ? Le(s)quel(s) ?
PN : Je ne vois pas d’autre salut que se soumettre, accepter la règle. C’est la sélection naturelle. On vit dans une jungle un peu plus élaborée, dissimulée par des artifices symboliques, on érige l’adaptabilité en vertu, au détriment de la liberté, ou de la vérité.
Pour en revenir à Houellebecq, j’aime bien cette phrase : « la plupart des gens s’arrangent avec la vie, ou bien ils meurent. » Tout est dit. Malgré tout, pour les autres, il propose une solution, celle de devenir des suicidés vivants. L’écriture, donc.
WLW : Ton personnage est-il un héros ?
PN : S’il possède un caractère héroïque, cela tient sûrement à son idéal. Tous les héros agissent au nom d’un idéal. Sauf que mon personnage préfèrerait ne pas en avoir, d’idéal, ça l’encombre plus qu’autre chose.
WLW : De quoi est-il le héros ?
PN : Il réussit plutôt bien dans l’échec.
WLW : Es-tu totalement ton personnage ? Un prénom en commun…
PN : Je suis une partie de mon personnage, c’est certain. L’utilisation de mon prénom est là pour me persuader que oui, ma vie ressemble à ça ; et qu’il devient urgent de déployer des axes d’amélioration.
WLW : Ton livre est-il représentatif de ta génération ? Si oui, en quoi ?
PN : C’est vrai que les statistiques témoignent d’un taux de chômage particulièrement élevé chez les gens de mon âge ; et l’amour est une vue de l’esprit, ça ce n’est pas nouveau.
Malgré tout je pense que cela n’émeut pas grand monde. Comment savoir ? Il faut attendre.
WLW : Qui prendra nos places ?
PN : Je l’ignore. Ceci pour rappeler que, malgré tous les efforts que l’on peut déployer, les justifications ou compensations qu’on peut trouver à l’existence, ça reste quand même l’inanité avant la mort, et il s’agit d’un destin partagé par tous.
WLW : Quel serait le commentaire que tu rêverais entendre sur ton bouquin ?
PN : Je ne sais pas. J’ai fait le bouquin que j’étais capable de faire à ce moment précis, j’espère continuer ; peut être que quelques-uns apprécieront, ça sera déjà pas si mal.












Un roman noir, mais éclairé, sur les aspirations de notre génération Y. A lire justement avant qu’une autre ne prenne sa place… Ravi de t’avoir rencontré. Bonne continuation.
[...] etc.) afin qu’ils soient publiés ou que des partenariats se mettent en place. Récemment, Pierre Noirclerc a eu la chance d’avoir pu être édité chez Flammarion grâce à une opération estampillée [...]
[...] Le Prix WeLoveWords 2011 [...]
ça a l’air très bien et le mode d’édition est pour le moins original !
[...] l’interview de l’auteur sur le blog de Welovewords ainsi que les chroniques de Delphine et de Lili_galipette ! Tweet [...]