
Des 1ers caricaturistes du XVIII ème siècle à Marjane Satrapi avec son Persépolis, le dessin véhicule depuis longtemps des idées politiques mais ce n’est que depuis une vingtaine d’années que le phénomène s’illustre comme un média à part entière.
La BD reportage, c’est comme son nom l’indique, le traitement d’un sujet d’actualité ou historique, en images et en bulles. Le phénomène a son créateur: Joe Sacco qui, en 1993, publie « Palestine : Une nation occupée » et « Palestine: dans la bande de Gaza« . Ces œuvres donneront à Joe Sacco la reconnaissance, à la fois, de ses pairs journalistes ainsi que celle du grand public, ce qui, vous en conviendrez, est déjà en soi une réussite.
Depuis, le genre fait des émules et la BD reportage connait un succès grandissant, que ce soit sous forme de publications uniques, de feuilletons dans des hebdos ou carrément leur cœur de métier comme Charlie Hebdo ou son ancêtre Hara-Kiri. Le principe peut se décliner dans bien des formes, des interviews, des biographies, etc…
Libéré du contrôle de ce qu’on appelle le « rédacteur en chef« , le reporter BD s’implique et traite les sujets autrement. En plus d’une indépendance totale sur la façon d’aborder les sujets d’actualités, Il n’est plus seulement cette plume qui relate objectivement les faits. Il se met en situation, nous fait part de ses impressions, de ses peurs, de ses doutes. La plupart du temps, la BD reportage est une mise en abime du journaliste que l’on voit faire son travail, en image. Il est donc le sujet et le narrateur. Il livre objectivement ses observations en impliquant le lecteur dans son mode de pensée subjectif. L’auteur nous livre l’information et ce qu’il en pense. En somme, il nous fournit des clés pour une compréhension plus large des problématiques que la situation soulève.
Le dessin, lui, mis côte à côte d’évènements que nous connaissons principalement au travers de la télévision et des journaux, rend la chose – étrangement – plus réelle. On dit qu’une photo ne ment pas. Mais finalement, est ce qu’une photo qui a été prise dans un but précis, pointant sur un sujet délibérément choisi par le photographe, pour son audience, n’est elle pas une forme de mensonges ou de travestissement d’une réalité transposée?
La force de la bande dessinée réside justement dans sa capacité à transfigurer la réalité afin de restituer quelque chose de plus idéaliste, de plus onirique, de plus abstrait… mais qui fait appel à d’autres instincts; là ou le journalisme « traditionnel » ne va toucher que notre logique objective. La BD reportage véhicule plus de sentiments, d’émotions.
Pour devenir incollable sur le sujet, quelques noms et mots clés:
Joe Sacco:
Considéré comme l’inventeur du genre, il a publié en 1993 deux ouvrages sur la Palestine regroupés aujourd’hui sous le titre « Palestine« . Il est à la fois journaliste et auteur de bandes dessinées, ce qui lui confère également la légitimité que lui ont accordé ses pairs, qu’ils soient journalistes et/ou dessinateurs.
Art Spiegelman: obtient en 1992 le prix Pulitzer pour sa BD « Maus: A Survivor’s Tale » qui relate l’histoire de sa famille (racontée par son père) pendant l’holocauste. Il devient alors un des principaux défenseurs de la BD reportage.
Guy Delisle: d’abord superviseur d’animations graphiques en Asie, le Québecois va utiliser son expérience des voyages pour réaliser plusieurs albums sur l’asie orientale. Le dernier en date, « Chroniques Birmanes » relate un séjour d’une année avec son épouse expatriée de Médecins sans Frontières.
Riad Sattouf: le scénariste et réalisateur de « Les beaux gosses » a plus d’une corde à son arc. Il est aussi connu pour dessiner chaque semaine dans Charlie Hebdo et pour avoir publié plusieurs albums dans lesquelles ses personnages ont des traits de caractères et des expériences très comparables à ceux de leur créateur. Riad Sattouf s’inspire directement de sa propre vie pour créer ses personnages, on est toujours dans un lien entre la BD et le réel.
XXI:
Un récent trimestriel que l’on trouve dans toutes les bonnes librairies. Et oui, 1ère chose étonnante, vous ne le trouverez pas en kiosque ou en presse (a part chez Relay). XXI est un journal indépendant, avec des articles de fond, des sujets particulièrement bien traités, ZERO PUB, et beaucoup de reportages en BD.











Juste pour info, avec quelques amis auteurs, nous lançons le projet de créer un magazine numérique de reportages en bande dessinée qui devrait voir le jour début 2013. Pour découvrir le concept en BD, c’est par ici : http://www.larevuedessinee.fr
Merci
Super ! Je fais tourner l’info ! Et vous cherchez du monde pour y contribuer par exemple ?