Interview Vincent Bernard alias Vincnet_B

Pour bien débuter 2012, j’ai choisi d’interviewer un auteur très prolixe sur WLW – et en-dehors, mais c’est ce que nous allons justement découvrir – à savoir Monsieur Vincent Bernard alias vincnet_b

Roxane : Salut Vincent, merci de prendre sur ton temps pour répondre à mes petites questions…

Vincent : Bonjour !

R : Alors, je vais commencer par ma traditionnelle question « qui es-tu, d’où viens-tu, que fais-tu » très cher ?

V : Vincent de Metz qui essaye de se bricoler un destin qui lui ressemble…

R : Tu vas devoir me donner plus que ça Vincent de Metz…

V : J’ai commencé par un cursus en psychologie avant que mes études ne m’abandonnent lâchement. Puis les aléas de l’insertion professionnelleont fait que je me retrouve chef de projet en ingénierie de l’information. Pendant près de 5 ans, j’ai participé entre autres à la mise en place de la dématérialisation des archives historiques du Parlement européen.

(à ce moment-là, je suis impressionnée, il me dit que l’informatique ça ne reste que des 0 et 1… voilà, c’est ça qui m’impressionne)

Vincent Bernard

R : Je vois sur ton profil WLW que tu as de multiples expériences, très différentes les unes des autres, ta vie est l’une de tes sources d’inspiration quand tu écris ? Quelles sont tes influences ?

V : Disons qu’il y a ceux qui font des romans de leur vie. Moi j’essaye de faire un roman de la mienne. Quant à mes influences, j’ai une prédilection pour les écrivains et les penseurs qui éclairent mon présent. Dans le lot, il y a pas mal de Lacan, un peu de Foucault… pas mal de Sollers, essentiellement du Jean Claude Milner… et aussi du Javier Cercas.

R : Donc beaucoup de « grands penseurs » essentiellement… Des choses sérieuses… Alors que tes textes ne le sont pas forcément, je me trompe ?

V : J’essaye de porter un regard amusé sur le monde pour tenir ses relents nocifs à distance.

R : Le combat par l’humour…

V : Pas un combat, plutôt de la résistance. C’est de l’inservitude involontaire, comme le « i’d prefer not to » de Bartleby. Et comme chantait Brassens « mourir pour des idées d’accord, mais de mort lente ». Je ne suis pas un adepte du pire.

R : Mais un adepte du rire. Comment as-tu atterri sur WLW ? Qu’est-ce que ça t’apporte toute notre histoire ?

V : J’étais sur les rangs dès le départ pour la debbug du site (un vieux de la vieille et nous t’en remercions, ndr). Je suis dessus parce que je pense que le site est central pour comprendre l’évolution de la littérature vers le marketing. Au travers des concours, j’essaye de saisir les tendances éditoriales du moment.

R : J’ai remarqué que tu étais un auteur très impliqué justement en termes de marketing et de communication. Quels sont tes outils et ta stratégie (si tu en as une) ?

V : On va dire que je joue le jeu amusé de l’ère du temps. Ma présence sur les réseaux sociaux et l’utilisation que j’en fais sont surtout là pour comprendre l’envers du décor, à savoir comment se structure la communication, quelle est la part de duperie à laquelle il faut consentir pour que ça marche. Je pars du principe qu’il est plus facile de réussir que d’échouer. Pour réussir, il suffit de faire ce qu’il y a à faire… les mécanismes de l’échec sont beaucoup plus retors. Bref, je m’amuse surtout pour voir s’il est possible de retourner la société du spectacle contre elle-même.

R : Donc ta stratégie c’est la résistance par l’infiltration (c’est la guerre). Et le fait d’être publié chez Edicool ? Comment ça s’est passé ?

V : Ma publication chez Edicool vient des réflexions que j’entretiens avec Paul (Leroy-Beaulieu, ndr) depuis 20 mois.  En bon wannabe qui se respecte, après m’être frotté à la petite fabrique des savoirs du VIème arrondissement, au monde du théâtre, l’enfer des sitcoms et autres intrigants postmodernes, je me suis dit que je la possibilité de partir de rien nous permettra peut-être d’inventer quelque chose.  » si tu es assez fou ou désespéré ou que tu as assez de courage pour continuer à écrire, tu finiras peut-être par dire quelque chose que tu ne savais pas toi-même que tu savais et que toi seul peux savoir, et c’est ça qui peut, dans le meilleur des cas, avoir un certain intérêt.(…)  » (Javier Cercas) Quand j’ai proposé à Paul les 10… petites suites 2086 c’était pour donner à lire 10 voix singulières.

chambre 506

R : Donc c’est toi qui a proposé le concept, DSK t’a inspiré malgré l’étiquette « thème racoleur »…

V : Justement, c’est parce que le thème est racoleur. On a voulu choisir dix personnes qui à priori seraient capables d’aller fouiller au-delà de cette sordide affaire, avec sur fond de contestation que le story-telling et la scénarisation viennent piquer le boulot aux « auteurs ». La fiction est notre terrain, tout comme l’intrigue, et je pense que ce serait bon pour la société que cela reste ainsi.

R : Quant à la forme du texte et à son support numérique…

V : Avec Internet, la longueur des textes raccourcit. Le rapport est au support et au temps. Nous avons essayé d’imaginer un format pour la lecture en mobilité (dans les transports en commun) et par là permettre de donner la possibilité de découvrir des styles, des plumes, des propos pour donner l’envie de prolonger la découverte de chacun, dans les ailleurs qui leur appartiennent. On voulait créer une espèce de vitrine sachant que financièrement, il n’y aurait sans doute pas grand chose à gagner.

R : Le lot de tous les « petits » qui se lancent dans le numérique à l’heure actuelle…

V : On veut surtout gagner du terrain sur le tout-gratuit en offrant l’aspect symbolique d’un contrat. On prend des risques pour soutenir les auteurs plutôt que d’aiguiller vers ce qui plairait au lecteur, le gros drame de l’édition selon moi.

R : Oui, mais l’édition a parfois besoin de cette « facilité » pour pouvoir publier ensuite ce qui lui plait… C’est un modèle financier plus qu’intellectuel, certes, mais il est parfois nécessaire. Enfin disons que l’un n’empêche pas l’autre. Tu me fais un petit pitch de Pourquoi je n’aime pas Noël ?

V : C’est une farce. J’ai commencé à publier des petites sagas de 1000 signes par jour puis j’ai rencontré Jeff Roland qui n’en peut plus non plus de l’enfer de la communication et du temps que ça lui prend pour vendre ses toiles. Nous avons donc décidé de lancer ce projet pour communiquer en s’amusant. Il a fait une toile en s’inspirant de ce déconte de Noël et chaque épisode a été illustré par un zoom de sa toile. Puis j’ai proposé à Paul d’en faire un ebook, toujours dans l’idée que ça puisse rapporter quelques euros, mais en le vendant à 1€99 pour aussi montrer qu’il ne s’agit pas d’un vrai travail d’écriture, qu’écrire c’est vraiment autre chose… et que le numérique ne doit pas déboucher à ce que l’on confonde les vessies avec des lanternes.

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R : Ah, donc les éditeurs numériques qui proposent des ebooks à 1€99 vendent des textes d’une mauvaise qualité ? Tu crois que les auteurs n’ont pas fait de boulot d’écriture derrière ?

V : Je pense qu’un vrai travail d’écriture est quelque chose d’exclusif, monomaniaque et obsessionnel. C’est une « solitude nécessaire » et la recherche d’une rupture. La vraie question de la littérature se joue là et non à propos de l’écosystème du livre. Je tire le constat que depuis que j’ai décidé de vivre d’écrire, ce que j’écris surtout ce sont des projets, des notes d’intention, des bilans, voire pire… des budgets prévisionnels. Je voulais composer avec des lettres et je me retrouve aux prises avec des chiffres.

R : Pour avoir les uns, il faut batailler avec les autres, c’est donnant-donnant. Sus au cliché romantique, l’écrivain est aussi un business-man…

V : Oui. Je comprends désormais la différence entre « auteur » et « écrivain ». Écrire c’est mettre son corps en gage et ce coût ne se calcule pas en argent. Auteur : on peut l’être de n’importe quoi, y compris d’un vilain pet (je pensais que Vincent était aussi poète, mais il s’agit de Franck-Olivier Lafferère, ndr). Auteur est pour moi indissociable de commande. Les coulisses de l’édition sont vraiment cruelles… lorsque ça m’a été permis, j’ai refusé de jouer le jeu de la course aux à-valoir ou avaloir… les deux orthographes fonctionnent. Tout simplement si les éditeurs savent si bien ce qu’ils veulent, pourquoi ne l’écrivent-ils pas eux-mêmes, that’s the question…

R : Ouh là là, comme je pourrais en débattre pendant encore dix heures d’affilée, je te laisse sur cette dernière question pour conclure… Merci beaucoup pour tes réponses (et encore, je n’ai pas tout écrit, j’aurais dû faire quatre interviews de toi), beaucoup de bonheur et de réussite dans tes projets pour cette nouvelle année, que tu sois auteur ou écrivain, continue le combat !

Quant à vous amis lecteurs et auteurs, les questions que pose Vincent restent ouvertes, notamment celle du tout-gratuit, de la qualité d’un texte numérique et celle de la fonction d’éditeur/auteur…

Et n’hésitez pas à lire Vincent sur WeLoveWords, sur Edicool, sur Twitter !

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