Connaissez-vous le Plup ? Avez-vous déjà entendu parler du Waldgänger ? Non ? Jamais, vous êtes sûr ? Et bien c’est l’occasion de découvrir un nouveau phénomène littéraire… j’ai nommé, Monsieur Jeff Balek !
Jeff Balek, auteur WeLoveWords qui marche avec les Éditions Numériklivres, a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions pour nous expliquer son parcours, ses projets les plus fous, bref : il va nous raconter sa vie.
Roxane : Salut Jeff, merci de répondre à mes questions, d’autant plus que tu es super occupé et que je te harcèle sur Skype et Twitter depuis une semaine. Alors on va essayer de faire les choses dans l’ordre : qui es-tu, d’où viens-tu, que fais-tu ?
Jeff : Salut Roxane ! Et bien mon parcours est un peu particulier… J’ai été (dans l’ordre) chef de pub, ensuite j’ai bossé dans une boite de relations publiques, puis dans le marketing en grande distribution, j’ai monté ma boite de presse et de conseil – charmante période où j’ai vécu dans ma bagnole pendant quelques mois – j’ai bossé dans le vin, en librairie, dans le porno, j’ai été pompier, j’ai fait de la phytothérapie et pour finir : me voilà auteur à plein temps !
R : Tu as donc fait absolument tous les métiers du monde. On ne va pas s’attarder trop ton CV parce que sinon on va y passer la nuit et intéressons-nous plutôt à ton métier d’écrivain… Comment est-ce que tout a commencé ?
J : Je me suis inscrit sur WeLoveWords et j’ai commencé à publié des nouvelles – qui sont devenues les Histoires noires du bout de la rue d’en bas - sur la plateforme. Je suis tombé par hasard sur le réseau WeLoveWords et j’ai tout de suite bien aimé l’ergonomie du site. J’ai bien fait de m’inscrire et de publier dessus car mon éditeur – Numériklivres – m’a repéré sur WeLoveWords comme ça.
R : Une bonne chose que des auteurs se fassent repérer sur WeLoveWords : ça tombe bien, c’est le but ! Parlons de tes livres… J’ai personnellement adoré le Plup qui m’a beaucoup fait rire. Comment t’est venue cette idée de dessiner une boule grise difforme coincée dans une case et qui se la joue à la manière du Chat de Geluck ?
J : Ah ah, ça part de quelque chose d’assez futile à la base… Je venais de finir un polar, j’avais besoin de me détendre tu comprends… Et j’ai créé le Plup sur un coin de table. C’était le jour de la béatification du Pape, c’était la canicule. Et du coup, il faisait tellement chaud que je me suis dit qu’il faudrait à tous ces gens un spray d’eau bénite. J’ai commencé avec un jeu de mots « Plus spray de toi Seigneur ». Et il fallait que quelqu’un le dise, sinon ce n’était pas drôle… du coup, j’ai créé ce petit personnage. C’était vraiment pour rire au début, j’avais laissé trainer le dessin chez moi et soudain j’entends mon fils et ma femme qui se marrent : ils ont aimé. En trois semaines, j’ai pondu 90 planches.
R : Tes dessins sont très minimalistes… c’est parce que tu ne sais pas dessiner ou parce que tu trouves que ça correspond bien à tes scènes ?
J : Je ne sais absolument pas dessiner. Le but c’était de pouvoir créer toutes les expressions que je voulais avec pas grand chose : des yeux et une bouche suffisent.
R : Heureusement que dans la vraie vie c’est différent… Passons au gros morceau : le Waldgänger, une série explosive, à la croisée du thriller et du fantastique, que tu as lancée en octobre et qui raconte les déboires – le mot est faible – de Blake, victime d’une attaque menée par des inconnus pendant une fouille archéologique. Je recopie insolemment le résumé de ton premier épisode afin que nos lecteurs puissent apprécier le suspens insoutenable que tu as réussi à mettre en place.
Lors d’une mission archéologique organisée par “la Ville” dans le désert, Blake alias le Waldganger est victime ainsi que toute l’équipe d’une attaque menée par des inconnus. En se mettant à couvert, le Waldganger découvre une salle ancienne dans laquelle se trouvent un autel, un cadavre et une dague. Le Waldganger perd conscience en touchant cette dague. À son réveil, à l’hôpital, Blake, défiguré, est bizarrement pris en charge par l’armée. Il se rend peu à peu compte qu’il est doué d’étranges visions du passé et du présent. Ses intuitions sont décuplées, il sent les choses comme personne. Il ne tarde pas non plus à se rendre compte que sa force et sa rapidité augmentent.Tout cela serait-il lié à la 3eme plaque d’identification qui est apparue à son cou? Dès lors Blake se demande s’il n’est pas en train de devenir fou ou s’il n’est pas victime d’hallucinations.
R : Mais qu’est-ce que le Waldganger ? D’où sort cette idée ?
J : Tout part de Jünger (l’auteur d’Orages d’Acier) et l’un de ses livres : Le Traité du Rebelle. Il y évoque sa vision de résistance dans un univers totalitariste. Le titre original allemand est le Waldgänger. Jünger tire le nom de Waldgänger d’une coutume du moyen-âge islandais, qui était d’exclure les procrits des villages et de les laisser à eux-mêmes dans les forêts. Quiconque croisait un « waldgänger » pouvait l’abattre.Mon héros se retrouve dès le début du roman dans la situation de ces proscrits avant d’entrer lui-même en résistance.
R : Tu viens de m’expliquer tes inspirations littéraires. Mais le Waldgänger est également musical puisque tu as collaboré avec le groupe Hopkins…
J : Oui, quand j’écris, je me crée une playlist. Un jour, j’ai cherché des morceaux de métal et je suis tombé sur ce groupe. Je me suis aperçu que mon texte et leur musique collaient parfaitement. J’ai eu l’idée de les contacter pour leur proposer le concept inverse : non pas que j’écrive en écoutant leur musique mais qu’ils composent en lisant mes textes. Je leur ai dit : « lâchez-vous, créez, donnez votre propre interprétation du Waldgänger« . Ça leur a beaucoup plus. On est d’ailleurs en train de créer un mini-album Waldgänger qui sera disponible en janvier. On est vraiment en phase : j’ai trouvé dans leur musique des éléments d’épisodes que je n’avais pas encore écrits.
R : Ah, parce que tous les épisodes (six au total) ne sont pas encore écrits ?
J : Ils ne sont pas tous écrits mais ils sont tous dans ma tête. Je sais globalement où je vais, j’ai la structure en ligne de mire, je sais comment ça va se finir. Ensuite, on ne sait jamais comment vont évoluer nos personnages et nos situations : c’est comme du jazz, on a une ligne de base et après on fait varier les harmoniques. J’ai quinze jours à chaque fois pour écrire un épisode : c’était tout le but du challenge, écrire sous pression, prendre des risques. J’écris environ 10.000 à 20.000 signes par jour, ce qui est plutôt une bonne moyenne…
R : 20.000 signes par jour ? Ah c’est ça d’être un auteur, il faut suer sang et eau pour contenter ses lecteurs…
J : Je suis plus un conteur qu’un auteur. J’écris pour partager avec mes lecteurs, pour nouer des contacts avec eux, pour les amener dans mon univers afin qu’ils interagissent non seulement avec moi mais entre eux. Pour moi, ça fait partie intégrante du livre. Quand on finit un bouquin et qu’il ne se passe rien ensuite, on est frustré. Quand j’étais gamin, je lisais Jules Verne : dans la cour de récré, j’étais le Capitaine Nemo, je continuais de vivre l’aventure. C’est ce que je veux recréer pour mes lecteurs : un espace où l’histoire continue.
R : C’est d’ailleurs ce que tu fais avec ta série Le Waldgänger… Tu peux nous en dire plus ?
J : Sur le site, les lecteurs peuvent devenir citoyens de Yumington – un district de La Ville dans laquelle se déroule l’histoire du Waldgänger. Il y a une dizaine de nouveaux citoyens par semaine. Pour les remercier de leur gentillesse d’habiter à Yumington, je leur offre des infos exclusives et des bonus en avant-première (et tous les mercredis : c’est le W-Day Bonus, W pour Waldgänger ou Wednesday). Par exemple, je me suis posé la question de comment les impliquer au coeur de Yumington. Dans l’épisode 4, il y a des émeutes dans toute la ville. Je me suis placé à la tête du Yumington Post et je leur ai demandé de témoigner : ils sont mes reporters-stagiaires et doivent rapporter ce qu’ils ont vu lors de ces émeutes. A moi ensuite de scénariser ce « reportage dont vous êtes le héros ». Ça a vraiment super bien fonctionné, j’ai eu de très bonnes contributions et j’en suis très content car j’avais quand même donné des contraintes journalistiques… Ça illustre tout à fait mon désir de lier le transmedia au livre numérique. (et voici le résultat… enjoy !)
R : Je crois que le mot « transmedia » est la pierre angulaire de tous tes projets…
J : Je ne suis pas l’auteur du siècle (tu ne le sais pas encore ça Jeff, le siècle n’est pas fini), je pense qu’à un moment il faut que l’auteur cesse d’être égo-centré et se tourne vers ses lecteurs. Le mode collaboratif m’importe tout particulièrement car ma finalité est le partage, pas me regarder écrire.
R : Dis donc, il va falloir que tu embauches un community manager avec toute cette communauté qui se construit petit à petit autour de toi… Tu n’as pas peur de te faire dépasser ? Jusqu’à quel point tes lecteurs influent sur ton écriture ?
J : L’auteur reste toujours maître à bord. Il est le capitaine, les lecteurs sont les passagers. Ce sont les lecteurs qui choisissent le bateau sur lequel ils veulent embarquer mais je tiens toujours la barre. Rien ne m’empêche par contre d’organiser des activités sur le pont : c’est ce que permet le transmedia. Aucun lecteur n’a d’influence sur la forme ou le fond : j’ai mon style et mes idées. En revanche, il faut tenir compte de la manière dont vos lecteurs lisent vos textes.
R : D’où le support du livre numérique…
J : C’est une question de respect pour le lecteur. Il fait l’effort d’acheter, en numérique qui plus est, ce qui est loin d’être démocratisé ou bien vu. Il faut donc que les textes que je lui propose soient adaptés à ses contraintes, au support sur lequel il les lit. Le concept est qu’un lecteur puisse lire un chapitre en deux ou trois minutes, le temps d’une station de métro. Ça correspond absolument à ma manière d’écrire : des récits courts et denses, un style scénaristique, « à la Kalachnikov ». Le lecteur est le passager de ton bouquin, il doit être bien loti et ne pas attendre 100 pages pour plonger dans ton univers. Si ça avait été mon envie, j’aurais fait des phrases d’une page et j’aurais publié sur papier. Mon but c’est de pousser mon style dans les coins, je ne cherche pas la facilité, je préfère prendre des risques et essayer de me confronter à quelque chose que je ne connais pas. (Je ne peux pas ne pas donner ce scoop : Balek écrit également de la chick-lit)
R : Et d’ailleurs le numérique, ça marche plutôt bien pour toi…
J : Oui, ça commence à bien marcher… Le Waldgänger squatte les tops de l’Ibookstore, Numériklivres et moi-même sommes vraiment ravis… D’ailleurs, suite à certaines réactions face au modèle du freemium qui ne fonctionnerait pas : je ne peux qu’être en contradiction avec elles… (le premier épisode est gratuit) puisque nous visons les 5000 téléchargements tous épisodes confondus pour la fin décembre… en trois mois c’est plutôt pas mal ! Nous avons déjà quasiment atteint les 4000 téléchargements… Et ce ne sont pas que des épisodes gratuits, loin de là !
R : Bravo Monsieur Balek, apparemment Numériklivres a bien fait de venir de son lointain Canada pour atterrir sur WeLoveWords… Un dernier mot pour nos auteurs ?
J : Oui. Il n’y a pas de recette miracle : pour percer, il faut persévérer et s’investir. Je me donne à fond pour mes lecteurs, et écrire pour eux est un acte de générosité et de plaisir, pas une corvée ou une façon d’exacerber un narcissisme mal placé. Il faut, je pense, être « vrai ». Mon vrai héros, ce n’est pas le Waldgänger, c’est Yumington, c’est la ville, et ses citoyens…
R : Waw, c’est beau. Merci pour toutes tes réponses Jeff, je suis contente de voir qu’on a la même vision que toi : tu veux partager, créer une dynamique, solliciter l’imagination des gens. Nous aussi, on croit fort à ces façons d’interagir, j’espère que ça va cartonner pour toi !
Amis WeLoveWordiens, si vous voulez découvrir l’univers de Jeff Balek, précipitez-vous sur ses sites, ses Facebook, ses Twitter, et surtout : ses ebooks !
Le Plup sur le net et sur Twitter
Le Waldgänger sur le net, sur Twitter et sur Facebook (devenez citoyens de Yumington !)
Jeff Balek sur WeLoveWords
Et que vois-je ? Une spéciale dédicace du Plup ? Oh Jeff, fallait pas…















[...] Aller sur le Blog de WeLoveWords [...]
[...] Interview – Jeff Balek, transmedia et numérique : un auteur 2.0 qui monte Connaissez-vous le Plup ? Avez-vous déjà entendu parler du Waldgänger ? Non ? Jamais, vous êtes sûr ? Et bien c’est l’occasion de découvrir un nouveau phénomène littéraire… j’ai nommé, Monsieur Jeff Balek ! Source: http://www.doyoulovewords.com [...]
[...] Interview – Jeff Balek, transmedia et numérique : un auteur 2.0 qui monte | WeLoveWord… Connaissez-vous le Plup ? Avez-vous déjà entendu parler du Waldgänger ? Non ? Jamais, vous êtes sûr ? Source: http://www.doyoulovewords.com [...]
[...] Interview – Jeff Balek, transmedia et numérique : un auteur 2.0 qui monte | WeLoveWords Lors d’une mission archéologique organisée par “la Ville” dans le désert, Blake alias le Waldganger est victime ainsi que toute l’équipe d’une attaque menée par des inconnus. En se mettant à couvert, le Waldganger découvre une salle ancienne dans laquelle se trouvent un autel, un cadavre et une dague. Le Waldganger perd conscience en touchant cette dague. À son réveil, à l’hôpital, Blake, défiguré, est bizarrement pris en charge par l’armée. Il se rend peu à peu compte qu’il est doué d’étranges visions du passé et du présent. Ses intuitions sont décuplées, il sent les choses comme personne. [...]
[...] “Jeff Balek, transmedia et numérique : un auteur 2.0 qui monte.” Do You Love Words Lire… [...]
[...] Interview – Jeff Balek, transmedia et numérique : un auteur 2.0 qui monte [...]